12 ateliers sur Psychiatrie et la Santé mentale

Le 10 octobre 1998, à l'occasion de la Journée Internationale sur la Santé Mentale, B. Kouchner propose un large débat qui associe non seulement l'administration et les professionnels mais aussi la société civile.

Un groupe de travail est constitué autour de chaque thème, dont l'objectif est de mener une réflexion et de proposer un premier ensemble d'actions concrètes. Il s'agira ensuite que des réunions régionales poursuivent et améliorent ce premier jet.

Vous êtes convié à participer personnellement ou en groupe à ce projet dont l'ensemble pourrait bien constituer la base d'un livre blanc. Le premier bilan se fera à l'occasion des États généraux de la santé début 1999

Vos réponses seront affichées sur Psydoc-Fr et transmises à la DGS, si vous en faites la demande.



Atelier n° 12 :

JOURNEE DE TRAVAIL DU 10 OCTOBRE 1998 SUR LA SANTE MENTALE

LA COMMUNICATION DANS LE CHAMP DE LA SANTE MENTALE




Argument :

Si comme l'affirme Foucault (Foulcault M., Histoire de la folie à l'âge classique, Plon, Paris, 1961.), la folie n'est pas pensable avant le 17eme Siècle (car intégrée à l'existence des hommes), elle est néanmoins conçue au moyen âge comme un "surcroît démoniaque" à l'oeuvre de Dieu.

La révolution française, consacrant la liberté de la personne humaine consacre par voie de conséquence le malade mental comme ayant perdu sa liberté. Etre à part, il est expulsé par cette nouvelle société basée sur la responsabilité individuelle. Il est souvent regardé avec peur ou dégoût, comme un être dangereux ou menteur.
La folie (comme plus tard le cancer et maintenant le sida) fait partie des maux que l'on cache.

La folie est un domaine où les représentations sont fortes et multiples. L'image de la folie, de ses lieux et de ses acteurs demeure négative.

Alors que la souffrance force traditionnellement le respect d'autrui, la souffrance psychique engendre plutôt rejet, peur et exclusion. Les maladies mentales exilent l'individu hors du champ social, et les professionnels tout autant que les médias peuvent contribuer à cet exil.

Les conclusions d'un rapport remis au ministre de la santé en 1995 : "Rapport à madame le ministre des affaires sociales, de la santé de la ville. Comité de pilotage "image et communication en santé mentale", Avril 1995 - indiquent : " S'il est éminemment difficile d'agir sur les représentations sociales de la psychiatrie, celles-ci sont largement entretenues par les relais d'opinion".

En effet le caractère péjoratif de l'image de la psychiatrie est renforcé par une action médiatique orientée vers le spectaculaire et non vers la sensibilisation voire de simple information sur la santé et/ou les maladies mentales. Dans cette mécanique négative, l'institution et les acteurs de la santé mentale eux-mêmes contribuent parfois à entretenir cette situation."

Le rapport du Conseil Economique et Social de 1997 confirme cette situation en précisant :
" Mais surtout, c'est bien l'image fortement dépréciée de la psychiatrie qui freine, malgré les bonnes volontés, toute action de prévention réellement efficace.

C'est peu dire que la psychiatrie n'a pas bonne presse d'autant qu'elle est mal connue et qu'elle touche aux marges du rationnel. Elle est, de plus, dans l'esprit du public, la "médecine des fous" et la fréquenter c'est être marqué d'un label infamant..."

Ce même rapport précise dans ses conclusions :
"La maladie mentale et ceux qui en souffrent sont restés trop longtemps cachés au regard des autres et de la société comme s'ils étaient atteints d'une maladie honteuse dont l'opprobe retombe également sur ceux qui la soignent. Quand considérera-t-on celle-ci à l'instar du cancer aujourd'hui : une maladie dont on peut parler ouvertement, qui se prévient, se soigne et peut se guérir ?"

La folie est à ce point ancrée dans les profondeurs de la nature humaine, suscite tant d'émotions partout où elle est évoquée qu'elle mérite que chaque professionnel s'interroge sur le sens et les incidences de son action.

La souffrance mentale nécessite une prise en compte sociale collective indissociable du champ de la santé publique.

Pour cela elle requiert la participation de tous les professionnels et aussi le soutien actif mais surtout éclairé de l'opinion publique.

Ayant longtemps été considérée comme le parent pauvre de la médecine la psychiatrie est restée repliée sur elle même négligeant l'effort de communication nécessaire lui permettant de se faire mieux connaître afin de se faire mieux admettre.

Alors, si tout le monde s'accorde pour convenir que la souffrance psychique est une réelle préoccupation de Santé Publique il paraît nécessaire voire indispensable d'améliorer l'image et la communication en psychiatrie afin d'une part de faciliter l'accès aux soins et d'autre part d'atténuer le plus possible la perception négative de la discipline et de ses acteurs.


Questions :


1- Quelle est la nature des communications qu'il faudrait développer

a) Dans le milieu professionnel ?

b) Au sein de la population ?

2- Quelles formes ces communications devraient elles prendre ?


Vos commentaires, informations et propositions (seront affichés sur un forum permanent de Psydoc-Fr)


Dernière mise à jour : 16 octobre 1998

Dr Jean-Michel Thurin
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