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1. The therapeutic consultation by Serge Lebovici

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Enfant fantasmatique, enfant imaginé

(voir livre)

L'enfant fantasmatique est l'hÈritier des conflits inconscients des parents.

Par exemple, la mËre, dans le cadre d'une problÈmatique údipienne intense, veut tre mËre comme sa mËre parce qu'elle est attachÈe ‡ son pËre et dÈsire donc avoir des enfants (de lui) comme elle. Si le pËre vient ‡ mourir ou s'il est dÈtestÈ par sa fille, future mËre, parce qu'il a abusÈ d'elle, des haines vont se dÈplacer sur le bÈbÈ nÈ dans ces conditions; ceci peut tre vrai aussi bien dans l'inceste symbolique que dans l'inceste rÈel. Le grand-pËre devient donc en quelque sorte (pour la mËre) le pËre (non biologique) mais fantasmatique de l'enfant. On voit ainsi que, pour la femme, l'enfant fantasmatique est l'hÈritier du dÈsir údipien inconscient d'avoir un enfant du pËre et d'tre mËre comme sa mËre. Cela veut dire aussi que la (future) mËre contracte une dette ‡ l'Ègard de la (future) grand-mËre ‡ qui elle montre qu'elle n'est plus qu'une grand-mËre, parce qu'elle-mme est enceinte et va donc lui ravir cette place de mËre. J'ai vu des cas tout ‡ fait nets o la mËre annonce ‡ la future grand-mËre: "Maman, tu sais, tu vas tre grand-mËre, je suis enceinte!" Ainsi, la grand-mËre peut se sentir ÈliminÈe. AprËs l'accouchement, elle va peut-tre pouvoir se rattraper parce qu'elle en sait plus que sa fille sur la maniËre d'Èlever des enfants. Il faut cependant qu'elle se montre discrËte ‡ ce moment-l‡ pour ne pas rÈveiller de conflits.

Quant ‡ l'enfant imaginÈ par la mËre, ce n'est pas seulement l'enfant qu'elle porte dans les bras, c'est aussi l'enfant qu'elle porte dÈj‡ en elle avant qu'il ne naisse.

Cet enfant imaginÈ est ‡ mon avis constituÈ de deux types d'enfants : l'enfant fantasmatique dont nous venons de parler et l'enfant imaginaire qui est l'enfant de sa vie prÈconsciente, l'enfant de son dÈsir de grossesse, de son dÈsir conscient d'tre enceinte et d'tre mËre. Mais ce dÈsir d'tre enceinte et d'tre mËre peut tre isolÈ et ne pas comporter de dÈsir d'enfant en tant que tel. Ainsi certaines femmes qui veulent tre enceintes, conoivent et avortent ensuite parce qu'elles ont seulement voulu prouver et se prouver qu'elles Ètaient capables d'tre enceintes, c'est-‡-dire vÈrifier leur intÈgritÈ narcissique.

¿ propos de l'enfant imaginaire, il faut dire un mot de l'Èchographie (voir vidÈo). Actuellement, les parents voient un vÈritable enfant ‡ l'Èchographie. Les consÈquences de cette Èchographie sont fondamentales pour la mËre qui voit son enfant, connat mme son sexe dans trois quarts des cas et peut donc lui donner un prÈnom. Le choix de ce prÈnom est fondamental parce qu'il peut tre rÈvÈlateur de toute une part de transmission intergÈnÈrationnelle s'il est choisi en rÈfÈrence ‡ un personnage de l'histoire familiale qu'on veut rÈvÈrer ou qu'on dÈteste, d'un personnage qui s'est suicidÈ, qui est mort ou qu'on a aimÈ en secretÖ Mme dans les cas o le choix du prÈnom est dictÈ par les lois culturelles habituelles, ce choix demeure trËs important (grand-pËre paternel ou maternelÖ).

D'une certaine maniËre, le choix du prÈnom contient les ÈlÈments essentiels du destin transgÈnÈrationnel, du mandat transgÈnÈrationnel de l'enfant (voir chapitre livre et vidÈo).

Par ailleurs, le fait de savoir ‡ l'avance que l'enfant sera un garon ou une fille peut accentuer les craintes de la mËre pendant la grossesse : elle peut avoir peur, selon les cas, que l'enfant soit porteur d'une maladie ou d'un handicap liÈ au sexe par exemple. Les paroles de l'Èchographiste sont Ègalement fondamentales, soit pour l'inquiÈter, soit pour la rassurer. On sait que ces clichÈs Èchographiques en viennent aujourd'hui ‡ constituer les premiËres photographies de l'enfant dans l'album de famille.

Il y a donc dans tout cela quelque chose de trËs important et qui montre le poids de l'enfant imaginÈ tout au long de la grossesse. Cependant, cet enfant ne peut tre imaginÈ que s'il est investi narcissiquement par ses parents. Il faut que cet investissement narcissique soit suffisant pour que l'enfant se sente convenablement ÈtayÈ en cas de sÈparation Èventuelle avec les parents.

Or, on sait bien que l'union parfaite entre le nouveau-nÈ et les soins maternels n'est pas durable et c'est seulement si l'investissement narcissique de l'enfant a ÈtÈ suffisant que celui-ci peut surmonter la sÈparation et se sentir quand mme "entier".

Ceci revient ‡ dire qu'en mme temps qu'il dÈpend totalement des soins maternels (et cette dÈpendance totale a ÈtÈ conceptualisÈe par S. Freud sous le terme d'Hilflosigkeit), il se sent en mme temps tout-puissant puisqu'il ne ressent jamais ces besoins quand tout se passe bien. C'est en cela qu'il se constitue un narcissisme que S. Freud appelait narcissisme primaire et qui est en partie un narcissisme agressif et violent. Le narcissisme permet plus tard ‡ l'enfant de se construire un "soi", dont D.W. Winnicott a montrÈ qu'il Èmergeait dËs la fin de la quatriËme semaine, c'est-‡-dire de se sentir exister.

J. Lacan a exprimÈ cela en disant que l'enfant ne se voit que dans le reflet du miroir. On sait que H. Wallon avait dÈcrit avant lui le stade du miroir dont l'Ètude a ÈtÈ ensuite reprise par R. Zazzo.

Il faut encore parler du dÈveloppement des reprÈsentations et plus exactement des proto-reprÈsentations (voir enveloppe proto-narrative).

Dans la mÈtaphore cÈlËbre du rle de miroir de la mËre et de la famille dans le dÈveloppement de l'enfant, D.W. Winnicott dit trËs justement : "La mËre peut tre laide ou belle, l'enfant peut la voir belle ou laide, peu importe; ce qui compte c'est qu'il y ait un Èchange de regards entre les deux".

Ainsi la genËse des proto-reprÈsentations maternelles se trouve liÈe ‡ l'attitude maternelle mais aussi ‡ l'enfant qui fait de sa mËre une mËre. Il la classe dÈsormais dans la catÈgorie des mËres et cette classification permet de donner naissance ‡ une reprÈsentation maternelle qui est plus gÈnÈralisÈe que la reprÈsentation d'une mËre.

Lorsqu'on Ètudie l'interaction entre la mËre et son bÈbÈ ou entre un bÈbÈ et un adulte qui dispense ‡ l'enfant des soins nourriciers, on Ètudie de prÈfÈrence ce qu'en dit la mËre ou l'adulte qui s'occupe du bÈbÈ, plutt que le comportement interactif lui-mme.

Pour Ètudier vÈritablement les interactions, il faudrait pouvoir prendre en compte le comportement du bÈbÈ dans sa rÈalitÈ intime. Or, le bÈbÈ est ‡ la fois un bÈbÈ rÈel et un bÈbÈ imaginÈ. Le bÈbÈ rÈel se dÈveloppe selon des modalitÈs qui sont maintenant bien connues des pÈdiatres. C'est le bÈbÈ dans sa dimension de croissance et de maturation prÈdictibles, au sein d'une programmation habituelle. Mais de l'enfant imaginÈ dÈpendent en fait beaucoup de choses, en particulier l'attitude de la mËre vis-‡-vis de cet enfant et aussi l'attitude de l'enfant vis-‡-vis de sa mËre.

Dans le cadre des dÈpressions maternelles (voir dÈpressionpÈrinatale) qui s'accompagnent de modifications du comportement du bÈbÈ, il existe une certaine instabilitÈ du systËme interactif, une dysharmonie des interactions. C'est donc sur le plan rÈel, imaginaire, fantasmatique et affectif qu'il faut Èvaluer la qualitÈ des interactions.

De ce point de vue-l‡, on sait que D.N Stern a montrÈ l'importance du comportement affectif rÈciproque. On dit souvent que la mËre et le bÈbÈ se dÈveloppent dans un bain d'affects. Stern a prÈcisÈ l'importance de " l'atunement " (voir accordage affectif), c'est-‡-dire de l'harmonisation affective qui existe entre les deux partenaires.

Autrement dit, l'enfant imaginÈ et l'enfant rÈel se voient confrontÈs ‡ des interactions diverses. Les interactions comportementales appartiennent plutt ‡ l'enfant rÈel, mais celles-ci sont Ègalement faites des projections de l'enfant rÈel sur sa mËre et des projections de la mËre sur son enfant.

L'Ècole genevoise autour de B. Cramer (voir vidÈo) et F. Palacio-Espasa insiste ainsi, non sans raison, sur le fait que le stade de la maternalitÈ comporte des projections de la mËre sur l'enfant, alors que M. Klein s'Ètait contentÈe, quant ‡ elle, de monter que le bÈbÈ projette sur sa mËre, de faon identificatoire, ses propres conflits.

De mme, l'enfant imaginÈ par la mËre console en quelque sorte le bÈbÈ rÈel de sa dÈtresse, mais, selon W.R. Bion, le bÈbÈ imagine Ègalement sa mËre et cette imagination de sa mËre est liÈe ‡ ses reprÈsentations sensorielles. L'Ètude de la pathologie interactive montre que la dysharmonie interactive se situe ‡ l'entrecroisement du comportement de l'enfant rÈel et du domaine de l'enfant imaginÈ. Il y a donc l‡ une approche variÈe qu'il faut prendre en compte et qui dÈmontre l'existence d'interactions "contingentes", selon la terminologie anglo-saxonne.

Il s'agit l‡ d'une traduction littÈrale, un peu simpliste, o le terme de "contingent" renvoie ‡ l'idÈe d'une interaction qui se dÈroule de maniËre harmonieuse : si un enfant lËve les bras vers sa mËre, celle-ci va peut-tre le regarder; si un enfant est pris dans les bras de sa mËre, il se love contre son sein, tourne sa tte et utilise son rÈflexe bucco-lingual d'orientation. Tout ceci indique donc que les interactions comportementales ne sont pas liÈes au seul comportement mais aussi ‡ ce qui se passe dans la tte de la mËre, et bien plus tard dans celle du bÈbÈ. Celui-ci va ainsi se forger des reprÈsentations de la mËre ‡ partir de proto- reprÈsentations que celle-ci lui impose en quelque sorte. Tout cet ensemble Èvolue, nous l'avons dit, dans le champ du narcissisme.

Finalement, l'enfant fantasmatique et l'enfant imaginaire constituent le socle du destin de l'enfant imaginÈ et cet enfant imaginÈ ne peut l'tre que sur le fond d'un maillage narcissique.

Nous avons beaucoup parlÈ de la mËre, mais le pËre va Ègalement investir narcissiquement son rle, autour de ses propres raisons de faire un enfant : perpÈtuer la race, au nom de son pËre, au nom de la tradition paternelle, faire plaisir ‡ sa femme, faire plaisir ‡ sa famille. Plus tard seulement, il va investir l'enfant en tant que tel, et vÈritablement devenir pËre et tre paternalisÈ par son bÈbÈ.

DËs lors, nous l'avons vu, l'enfant imaginÈ va tre confrontÈ aux reprÈsentations parentales de l'enfant et l'enfant va Ègalement se constituer des reprÈsentations de ses parents. Les parents ont donc des reprÈsentations fantasmatiques de l'enfant, mais le bÈbÈ a Ègalement des reprÈsentations de sa mËre et de son pËre.

Ceci pose tout le problËme de l'intentionalitÈ du bÈbÈ et de la sÈmantisation. Comment l'enfant se forge-t-il ses reprÈsentations ? Il les forge ‡ partir du moment o il est capable, grce ‡ ses relations et ‡ l'affectivitÈ qui se dÈveloppe, de se reprÈsenter les soins.

Pour J. Bowlby, tendre les bras vers la mËre ne signifie pas forcÈment que le bÈbÈ dÈsire tre pris. Pour cet auteur et dans le cadre de la thÈorie de l'attachement, le bÈbÈ tend les bras parce qu'il ne peut pas se dÈplacer et il n'y a l‡ qu'un rÈflexe d'ordre gÈnÈtique. Mais si la mËre interprËte ce comportement comme un comportement de dÈsir, plus tard, dËs quatre ‡ six semaines, l'enfant aura tendance ‡ lier entre elles les diffÈrentes perceptions visuelles, auditives qu'il a de sa mËre et ‡ s'en faire une reprÈsentation plus unifiÈe. C'est dÈj‡ une Èbauche de reprÈsentation maternelle.

En outre, le bÈbÈ, qui prÈsente des compÈtences trËs prÈcoces, est capable d'une trËs grande prÈcision dans certaines de ses reconnaissances. Ce sont tous ces phÈnomËnes qui donnent leur richesse aux Èchanges interactifs, lesquels vont prendre rÈtrospectivement, dans l'aprËs-coup, la valeur d'ÈvÈnements pour le bÈbÈ.

Tout ceci entre donc en jeu dans l'intrication du bÈbÈ rÈel et du bÈbÈ imaginÈ. Il faut encore ajouter l'impact de l'ambivalence. Les parents sont toujours dans une situation difficile parce que, inÈvitablement, la mËre aime et dÈteste ‡ la fois son bÈbÈ. Elle veut le jeter par la fentre, comme disait D.W. Winnicott: elle ne le jette pas mais elle a envie de le faire.

On voit trËs souvent des mËres Èvoluer de la phobie simple ("Pourvu que tu ne tombes pas, pourvu qu'il ne tombe pas") au dÈsir, ou ‡ tout le moins, ‡ la lutte contre le dÈsir qu'il tombe. Il s'agit en fait du passage d'une phobie simple ‡ une phobie d'impulsion et cette derniËre, qui tÈmoigne de l'angoisse de la mËre d'avoir envie de faire du mal ‡ son bÈbÈ, rÈvËle une certaine violence.

Le maillage narcissique des diffÈrents enfants dans la tte de la mËre est donc fondamental ‡ titre de contre-investissement de cette violence mais aussi pour que l'enfant puisse instaurer un certain sentiment de la continuitÈ de son existence (D.W. Winnicott).